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    Le jour se lève encore, chante Aubert. Des fois, c'est avec lassitude que je prononce cette phrase au lever, comme si énoncer une réalité la rendait moins difficile. Les jours se font de plus en plus courts, nous avons tant et tant de petites choses à faire que nous ne savons plus où donner de la tête. Je ne sais plus qui disait : "Comment peut-on faire des années si courtes avec des jours si longs ?". Cette phrase a-t-elle encore un sens aujourd'hui ? Tellement occupés que nous sommes, nous ne voyons pas les heures passer, nous perdons du temps que nous pourrions consacrer à la réflexion. Les jours sont plus sont plus courts, mais les nuits aussi. Qui ne voudrait pas dormir un peu plus ? Des jours plus brefs, des nuits moins qu'éphémères... L'homme vit dans un cadre étriqué.

    Des fois je repense à ce titre de Marshall Sahlins, Âge de pierre, âge d'abondance. Il y défend la thèse que le temps de loisir était bien plus grand en cette époque, quand la recherche matérielle était minimum, on passait trois à quatre heures à chasser, le reste du temps étant consacré à la vie en famille, peut-être à la réflexion. Grille horaire impossible chez nous.

    Des jours courts, bien remplis, qui nous empêchent de faire ce qu'on voudrait réellement. Aménageons-nous du temps de bonheur, du temps libre, et jamais cet adjectif n'aura été aussi approprié, car finalement, ne devrions-nous pas être libres d'avoir du temps libre ? Ce temps ne devrait-il pas être soulagé de toute entrave ? Ne devrait-il pas contenir toutes les possibilités de par sa liberté ?

    Mais ne vous laissez pas tromper par les marchands de temps de loisir ; ils vous vendent de quoi combler les trous dans les horaires. Le temps le plus libre est celui que l'on se fabrique soi-même.

    Bonne journée,

    Morelon


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    Politique.

     

    Nous n'avons plus confiance en la politique. C'est une humeur négative qui se répand contre les hommes et les femmes qui gèrent l'État au niveau exécutif.

    D'une part, la promotion d'une personnalité politique dépend surtout de son expansion médiatique. Je prendrai l'exemple le plus facile, parce qu'il parlera à tout le monde, et parce que je suis paresseux ; Michel Daerden ne connait des problèmes que depuis très récemment quant à sa politique. « Papa » que tout le monde aime est adulé par la cité ardente (Liège) et connu de par le monde pour ses vidéos dans lesquelles il fait montre de son accent et de son élocution parfois boiteuse, ou pour ses photos avec sa fille en Cléopâtre. Douteux, choquant, mais efficace. Moins dans le buzz mais assez ridicule ; la carte vidéo de Fadila Lanaan pour le nouvel an. Je n'ai mis que des exemples du PS, mais je précise que cela ne reflète pas d'opinions politiques. Je n'ai de toute façon encore jamais voté.

    D'autre part, nous sommes extrêmement peu renseignés sur les programmes politiques. Nous votons gauche, ou droite, en nous fiant aux dernières paroles formulées par tel ou telle personnalité politique. Nous choisissons le meilleur slogan. Nous choisissons un produit pour sa publicité plutôt que pour sa fiche technique. Nous devions autrefois lire les programmes et faire un choix entre plusieurs conceptions de l'État telles qu'elles sont présentées dans ces mêmes programmes, et aujourd'hui on vote à la légère en espérant aller se plaindre au service après-vente. Entre parenthèses, n'est-ce pas symptomatique d'une société où les risques disparaissent de plus en plus ? Assurances, service après-vente, service des réclamations... Faisons la part des choses ; nous votons, nous sommes responsables, que nous croyons ou non à cette forme de démocratie.

    On constate, dans le cadre de la crise politique belge, une montée en puissance de la volonté d'instituer des referenda (oui, un referendum, des referenda), qui mettrait la décision directement dans les mains du peuple. Mais avant, peut-être devrions-nous cesser de nous montrer aussi critiques vis-à-vis d'une politique que nous déclarons incompréhensible. La mise en place de mécanismes complexes ces 40 dernières années est l'objet de longues parlementations propres à notre histoire en tant que belges. Nous sommes un pays à deux nations, qui doivent mettre en commun sur le terrain politique leurs histoires, leurs cultures, et d'un côté comme de l'autre il y a une grande peur d'être mis dans la minorité. Certains prétendent que nos hommes politiques sont mauvais, mais qui les a choisis ? Et si nous effectuons des choix politique par voie référendaire, qui dit que nos choix ne seront pas aussi mauvais ? Il faut prêter une grande attention au fait que si nous faisons un trop mauvais choix, la crise politique mènera à la scission pure et simple.
    Faisons nos preuves dans la démocratie représentative avant de réclamer la démocratie participative, les enjeux sont tellement grands qu'il faut rassembler toute notre intelligence active sur ce domaine.

     

     

     

    Bon, certains disent que cette vidéo est destinée aux enfants. Mais pourquoi ne pas l'avoir diffusée dans les écoles maternelles (parce que même au niveu primaire...) ? En-dehors des questions de manipulation des enfants par des partis poltiques, bien sûr...

    Sinon je vous invite à remarquer le doigt d'honneur dans les derniers rangs de l'équipe du cabinet.


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  • Infini.

     

    Qu'il véhicule d'horizons, ce mot, qu'il transporte nos rêves.

    L'infini, ce lieu magique intangible même pour l'esprit, que l'on peut s'imaginer dompter à l'apprentissage des asymptotes avant de faire face à la réalité : aucun graphique ne peut contenir 1/0.

    L'infini, cette particularité qu'Aristote ne donnait qu'au Divin, forme d'être suprême (attention, nous sommes loin des considérations mythologiques et théologiques qui recoupent un Divin interventionniste ou même créateur). Nous savons qu'il existe, mais nous ne pouvons l'appréhender. On ne peut y additionner de nombre, car l'infini obtenu ne peut être plus grand que l'infini antérieur. On ne peut le multiplier, pour la même raison, selon Descartes.

    Et pourtant, cet infini est ressorti régulièrement par une institution qui a déjà avili le mot "révolution" ; la publicité. Particulièrement en matière de média, tout devient "à l'infini". De tous les mensonges de la publicité, celui-là est le plus métaphysique. Ainsi l'internet est-il disponible de manière illimitée. Nous voulons atteindre l'illimité en ayant des mémoires toujours plus grandes dans nos lecteurs musicaux.

    Je ne suis pas technophobe, je trouve même l'informatique (notamment) positivement fascinante. Cet illimité me semble simplement symptomatique d'une période qui subit ses valeurs plutôt qu'elle ne les choisit. L'illimité nous assaille. Et pourtant, tout est-il illimité, dans ces offres ? Cela se pourrait difficilement. Nous payons au mois, à l'année, à la semaine, donc à une unité déterminée. Le temps, au moins, limite cet illimité, ce qui permet de faire payer... "à l'infini" l'accès à ces biens.

    C'est clair ; ce n'est pas de l'infini que nous avons ici. Il doit donc exister un meilleur mot, une meilleure expression pour une telle abondance.  "À volonté". Oui, ce même "à volonté" que l'on retrouve dans les restaurants. Pourquoi ne nous-sommes pas contentés de cette formule ? Parce que cette notion implique la satiété. On pourrait ne plus vouloir. "Illimité" détruit la volonté, nous sommes à présent condamnés à être submergés par le flot de biens.

    Aujourd'hui, nous voyons des valeurs balancées à tout bout de champ, par les tenants des valeurs opposées qui les brandissent en étendarts, comme les fabricants de voitures écologiques (je reprends cet exemple d'un cours de philosophie donné par Sophie Klimis, professeur à Saint-Louis), aujourd'hui nous prenons une valeur, ou plutôt une caractéristique essentielle qui ne s'applique à aucune forme d'être concret ; l'infini. Rien n'est infini en ce monde, pas même la bêtise humaine. Elle a un fond, mais il est très loin. Et tangible par certains. Rien n'est infini en ce monde, peut-être même ce monde est-il fini, et j'entends monde au sens d'univers. Mais je laisse cette matière aux physiciens, ils sont plus proches de la réponse que moi.

    Réfléchissons aux valeurs. Je ne demande pas que tout le monde en choisisse une, mais que ceux qui me lisent tentent de donner ce souffle de réflexion aux autres ; que voulez-vous que la vie soit vraiment ? Quels sont vos principes premiers ? Vos lois personnelles suprêmes ? Cela a l'air idiot dans une société où contestation est norme, mais il faut obéir à des impératifs, des lois que vous aurez pensées mûrement et qui par conséquent ne pourront pas souffrir que vous les violiez, ce que vous ne supporteriez pas non plus.


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  • Révolution.

     

    Dans notre société, ce mot revêt de moins en moins d'importance, ressorti à tout bout de champ des cartons de l'Histoire par des publicitaires en manque de talent ou d'idées.

    La révolution est en marche. Rejoignez-la, engagez-vous, levez votre poing en l'air et brandissez votre fierté de vous brosser les dents avec une brosse à dents électrique. Exaltant.

    "Révolution" faisait trembler dans les temps obscurs qui ont vu la vraie valeur de ce mot. Trembler d'excitation du côté des intellectuels avides de changements, des hommes du peuple qui avançaient devant les fusils. Trembler de peur les personnes installées dans l'ordre établi.

    Regardez-le, ce pauvre mot. Fatigué, étiré, exploité, il se traîne en tentant désespérément de créer des émotions dans le cœur des gens. Il est récupéré et mis à toutes les sauces.

    Si nous n'avons plus le mot "Révolution", si la contestation devient la norme, ou se dresse la rébellion ? Chacun de ces mots est tâché du progrès d'une société malade, d'une société adolescente et ingrate.

    La seule lueur d'espoir réside dans l'exemple pour les mentalités des seules vraies révolutions d'aujourd'hui ; celles qui ont lieu dans le monde arabe. Et encore, qui n'a pas vu ces révolutions avec un léger mépris ce la part de gens qui ont la vague mémoire de révolutions  antérieures, françaises par exemple ? Tout n'est pas global, nous l'oublions, et ce qui nous semble évident et même inné tellement on nous a bassiné des idéaux devenus creux dont nous héritons, est un acquis parfois encore hors de portée de la main coupée.

    Petits mots d'un auteur ordinaireLe monde change encore, à nous de nous maintenir en éveil.


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  • Voilà, mon 200ème texte est disponible. Je ne serai pas poète, et je ne prétends pas à la haute philosophie, art pour lequel je ne suis pas vraiment compétent.

    Ce texte inaugure d'ailleurs la rubrique "Billets d'humeur".

    Bonne lecture,

    Morelon.

     
    Où sont nos Antigone ? ou Evitons l'autopsie

    Oussama Ben Laden est mort, semble-t-il.

    Grande nouvelle pour le monde, objet de spéculations. Mais surtout un monceau d'interrogations, un souffle qui soulève des questions.

    Je l'ai appris par Facebook, une personne que j'ai ajoutée surtout parce qu'elle possède un fort capital social et artistique, mais passons. Toujours est-il que lundi midi, je suis confronté à la confusion grandissante de cette information sur ce thème qui a vogué sur une opinion publique tantôt vive, tantôt latente, jamais endormie. Ben Laden, numero 1 d'Al-Qaeda, extrémiste islamiste, est mort.

    Facebook dévoile autre chose encore; le réseau social se divise en deux extrêmes, dans les groupes qui concernent Ben Laden, et ce même et peut-être surtout dans les groupes humoristiques tels que "Ben Laden, champion du monde de cache-cache". Cette polarisation est exprimée par les intervenants qui s'adressent des messages souvent haineux : les anti-Ben Laden, les pro-Ben Laden. Les anti-Américains, les pro-Américains. Les aveuglés par la version des médias, les abrutis de la théorie du complot. L'humilité n'a plus sa place dans les débats. On sait qu'une chose, que l'autre ne sait rien.

    Mais au-delà de ce débat, une question dérange. Celle du corps. Outre les doutes quant aux preuves de la mort de Ben Laden, je pense notamment à la fameuse image photoshoppée de Ben Laden dont les fanatiques se servent pour démontrer par l'absurde que le leader terroriste est encore vivant, la manière dont les Etats-Unis ont géré cette affaire est pour le moins affligeante. Entre les différentes versions quant à la mort elle-même qui se précisent vers l'assassinat d'un homme désarmé qui prend une de ses femmes pour bouclier humain, nous ne trouvons face à un flou qui suscite fantasmes et déchaînements de haine de tous côtés. Le corps, donc, semble avoir été jeté à la mer précipitamment et contrairement au rite musulman.

    J'aimerais établir ici un lien qui pourra choquer à première vue, un lien qui a fait rire lorsque le professeur de philosophie de l'université où j'étudie l'a établi, plus profondément que je ne l'avais alors fait. Le manque de respect envers la dépouille d'un ennmi vaincu fait inévitablement penser, pour ceux qui la connaissent, à la pièce d'Antigone. Polynice est mort, il voulait violer les lois de la cité et une fois défait, son corps est laissé aux charognards. Antigone, d'une logique froide et implacable, décide d'enterrer et de pratiquer les rites funéraires  sur l'ennemi déclaré de la cité. Créon est perdu par son hybris d'avoir voulu penser par son seul esprit les lois de toute une cité, et d'avoir offensé les lois de l'Hadès, le dieu des enfers.

    Ben Laden est en bien des points semblable à Polynice. Certes, son but n'était pas aussi louable, et ses méthodes aussi glorieuses, mais il n'en reste pas moins qu'il a été l'ennemi de la "cité". Polynice avait été floué par une modification des lois qui l'a écarté du pouvoir royal partagé autrefois avec son frère à raison de six mois de règne par an.
    L'ennemi de la cité est mort, et les soldats ont laissé son corps pour que personne ne l'honore.
    L'ennemi de la "paix mondiale" est mort, et les soldats ont jeté son corps dans la mer, pour que personne ne l'honore.

    Antigone réagit à cet édit impie en bravant l'interdit de la loi pour aller enterrer la dépouille qui fut son frère. Elle brise la loi humaine pour la loi de l'Hadès. En effet, son frère est mort, plus que ce qui a fait sa valeur ou son déshonneur, c'est sa qualité de mort qui lui donne le droit aux funérailles. Créon, en légiférant seul et sans prendre compte de l'avis de la poignante Antigone, décide que ces honneurs ne seront pas accordés, et se place ainsi au-dessus des dieux, au-dessus d'Hadès même.

    Notre Créon moderne, que vous avez reconnu, les USA, ont fait pire que le Roi de Thèbes. Ils ont déplacé le corps et rendu même impossible un retour en arrière sur cette décision, là où Créon n'avait que placé des gardes et laissé le corps à l'air. Ils ont bafoué la religion de la manière la plus évidente, avec l'impudente hypocrisie d'affirmer que le corps fut inhumé dans le respect du rituel islamique.

    Ca et là, quelques Antigone se font entendre, sur Facebook, sur des réseaux sociaux, mais mêlent leur message de haine. La haine, souvent, était antérieure à cet événement, et elle a été embrasée par cette provocation. Des Antigone, mais surtout des Ismène. Ismène, la sœur raisonnable qui se plie à la loi, qui accepte sa condition de femme face à la tyrannie des hommes. Ismène, qui se tait quand le frère reste sans sépulture. Ismène, qui n'ose soutenir sa sœur quand celle-ci affirme son engagement. Ismène qui n'affirme sa volonté que quand vient le moment de condamner Antigone. La douce Ismène. Voilà le modèle que je vois. Mais en place de la peur, de l'effacement, je vois du désintérêt, une indignation molle perdue dans la moyenne, une estimation vague du ressenti et de la violation du sacré, et je parle de sacré comme une notion appartenant à bien des religions ; le soin des morts est un sujet très grave dans toutes les religions, et même pour les athées.

    Ismène, soyez Antigone avant que la loi ne donne raison à l'Hadès.

    Antigone est forte, mais Créon la broie. Et cela peut paraître inquiétant, mais n'oublions pas qu'Antigone se marie avec l'Hadès en fin de compte, punie par l'hybris de vouloir imposer sa pensée à la cité, mais Créon est lui aussi lourdement puni pour avoir violé des lois plus hautes que celles qu'il pouvait toucher.

    Pour terminer sur un point de droit et contredire certains qui diraient que de ne pas être inhumé est mérité ; la personnalité juridique, celle qui fait que la responsabilité de la personne peut être engagée, disparaît à la mort de la personne. Cela permet surtout d'ouvrir la succession, mais aussi termine l'occasion de juger la personne. Ainsi Pinochet échappa au tribunal, un 10 décembre, douce ironie. Ben Laden mort, l'idéal, et malgré la peur de faire de sa tombe un lieu de pélerinage, eut été de rendre le corps, même si ça aurait dû prendre du temps. Cette arrogance est l'hybris américaine.

    Ismène, soyez Antigone avant que la loi ne donne raison à l'Hadès.

    Je ne vous enjoins pas à aller repêcher le cadavre en haute mer, mais à réfléchir sur cet acte qui eut horrifié à l'époque tragique des grecs.

     

     

    Mise à jour du 5 mai 2011 : la page Facebook "Ben Laden : champion du monde de cache-cache "a été supprimée.
    Mise à jour du 8 mai 2011: Caricature de Charb dans Charlie Hebdo

    ©Charb - Charlie Hebdo, 8 mai 2011


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