• Project Mayhem : Épisode 2

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    Il pleut. Il neige. Le temps se fait volage. D'un état à un autre, il trouve un équilibre. Les cœurs s'accordent sur le ton que le ciel donne. Bientôt la symphonie muette atteindra mes fenêtres, une nouvelle harmonie se sera écrite à mes yeux. Il est temps pour toi, soliste, de siffler, d'amener une mélodie à naître. Libre. Détachée de moi. Habille-moi de musique. Habille-moi de ta nudité. Fais-moi encor devenir une note, longue, discrète d'abord, montante ensuite, intense plus tard, envahissante enfin, fais-moi remplir l'univers d'une note unique et saturée. Pure. Pour achever, je m'écroulerai doucement, sans plus faire un bruit, si ce n'est un soupir à peine audible, soufflé à ton oreille. Un soupir.

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    The Bad Joke by Morelon

    Aux frontières du monde j'aimerais t'emmener Je voudrais te faire toucher l'horizon. Je suis sûr qu'il a le doux des nuages dans tes rêves d'enfants. Il y a des vapeurs colorées qui s'exhalent des amours de la pluie et du soleil, comme des soupirs d'anges libertins.

    Aux frontières du monde j'aimerais t'emmener, il y a derrière l'horizon d'autres horizons encore, des désirs à aimer comme on désire l'amour et comme je te désire, plus fort que je ne t'aime. Le voyage est long, mais on s'en fout, ce n'est pas comme si nous avions l'espoir d'un retour.

    Mais ce sont des charniers qui en sont le chemin, un mélange immoral de viande, d'os, d'écrans, des plaines verdoyantes d'hommes à peine vivants que la moisissure a gelé sur place, et ils sont heureux. Il arrive qu'une silhouette s'en détache. Et marche vers l'horizon.

    Aux frontières du monde je vais t'emmener.

     

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    Project Mayhem

    J'aime monter au toit des maisons. Je veux surplomber l'enfer des villes, me dérober à vos regards, n'être qu'un point sombre dans le ciel, comme une étoile naissante. Je veux trouver l'aire d'où le monde semble plat, et scruter chaque point, chaque ligne de ce monde pour en recréer les reliefs, pour jouer avec la carte qui s'étend sous mes yeux. J'aime ce moment, entre chien et loup, quand la nuit avale le monde et le fait briller dans son ventre fécond.

    Fais-moi monter sur tes genoux. Laisse-moi m'oublier dans tes bras. Et jamais, jamais, ne prononce un seul mot, s'il doit t'éloigner de moi. Je m'en irai quand je voudrai. Et ce sera bien assez tôt.

    Pose ton doigt sur mes lèvres. Aide-moi à me taire. Aide-moi à penser de la voix des statues. Aide-moi à rester au-delà de ce monde.

     

     

    Photos : Lucile Dizier

    « JuliaAnonymous (message du 3 décembre 2011) »

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