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    Project Mayhem : Episode 3 (en un acte)

     

    Serait-ce du mauvais esprit que de te dire que ton regard est pareil au regard des statues ? J'en connais qui me blâmeraient de voler ainsi les mots de la plume des poètes, mais qui n'a eu le mot juste avant même que mon grand-père ne balbutie ? Je serais même bienvenu d'avouer mon petit délit d'inspiration, donnant au Prince par la transtextualité un nouveau relief, peut-être moins réussi que l'originelle verve du Royal poète, mais baigné de sa lumière et de son ombre qui rejaillit sur qui aujourd'hui en a la mémoire. Je me perds dans ces considérations, mais je suis pris du désir de te lire et de te relire encore et encore à nouveau, de laisser aller mes doigts et mes yeux sur ta peau et d'en tirer la douce quintessence, qui n'est par un heureux hasard que l'exacte copie du matériau brut que tu présentes à mes yeux. Je n'ai pas à te faire, ni à te modeler, tu es déjà l'œuvre qui se crée devant mes yeux et que je veux parcourir de tout mon œuvre et de tout mon corps.

    Ton regard est pareil au regard des statues, ma Galatée. 

    Photo : Merve Samalp


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    Il pleut. Il neige. Le temps se fait volage. D'un état à un autre, il trouve un équilibre. Les cœurs s'accordent sur le ton que le ciel donne. Bientôt la symphonie muette atteindra mes fenêtres, une nouvelle harmonie se sera écrite à mes yeux. Il est temps pour toi, soliste, de siffler, d'amener une mélodie à naître. Libre. Détachée de moi. Habille-moi de musique. Habille-moi de ta nudité. Fais-moi encor devenir une note, longue, discrète d'abord, montante ensuite, intense plus tard, envahissante enfin, fais-moi remplir l'univers d'une note unique et saturée. Pure. Pour achever, je m'écroulerai doucement, sans plus faire un bruit, si ce n'est un soupir à peine audible, soufflé à ton oreille. Un soupir.

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    The Bad Joke by Morelon

    Aux frontières du monde j'aimerais t'emmener Je voudrais te faire toucher l'horizon. Je suis sûr qu'il a le doux des nuages dans tes rêves d'enfants. Il y a des vapeurs colorées qui s'exhalent des amours de la pluie et du soleil, comme des soupirs d'anges libertins.

    Aux frontières du monde j'aimerais t'emmener, il y a derrière l'horizon d'autres horizons encore, des désirs à aimer comme on désire l'amour et comme je te désire, plus fort que je ne t'aime. Le voyage est long, mais on s'en fout, ce n'est pas comme si nous avions l'espoir d'un retour.

    Mais ce sont des charniers qui en sont le chemin, un mélange immoral de viande, d'os, d'écrans, des plaines verdoyantes d'hommes à peine vivants que la moisissure a gelé sur place, et ils sont heureux. Il arrive qu'une silhouette s'en détache. Et marche vers l'horizon.

    Aux frontières du monde je vais t'emmener.

     

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    Project Mayhem

    J'aime monter au toit des maisons. Je veux surplomber l'enfer des villes, me dérober à vos regards, n'être qu'un point sombre dans le ciel, comme une étoile naissante. Je veux trouver l'aire d'où le monde semble plat, et scruter chaque point, chaque ligne de ce monde pour en recréer les reliefs, pour jouer avec la carte qui s'étend sous mes yeux. J'aime ce moment, entre chien et loup, quand la nuit avale le monde et le fait briller dans son ventre fécond.

    Fais-moi monter sur tes genoux. Laisse-moi m'oublier dans tes bras. Et jamais, jamais, ne prononce un seul mot, s'il doit t'éloigner de moi. Je m'en irai quand je voudrai. Et ce sera bien assez tôt.

    Pose ton doigt sur mes lèvres. Aide-moi à me taire. Aide-moi à penser de la voix des statues. Aide-moi à rester au-delà de ce monde.

     

     

    Photos : Lucile Dizier


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  • Project Mayhem, c'est un ensemble de collaborations (pour l'instant surtout avec Lucile, que je ne présente plus), centrées pour la plupart sur le thème de l'érotisme. Je ne tergiverse pas plus et vous laisse découvrir ce qu'il en est !

    Court-métrage : L'imprudence


    Le monde est noir de monde, il s'endeuille de lui-même, il fourmille et se perd entre les naissances et les enterrements. Perdu dans notre conscience en surpoids, on s'oublie dans la dislocation des sens. Un monde grouillant d'insectes gris dont les carapaces renvoient le reflet d'un ciel nuageux. Ne croyez pas que la lumière nous console ; la froideur des néons en dispense à foison. Ne pensez pas que la chaleur nous manque, nous nous frottons entre nous dans d'obscènes et insatisfaisantes solitudes. Nous n'avons besoin de rien, notre plénitude est atteinte dans le vide de nos existences.

    Pourtant, une escale vient chatouiller les désirs qui se meurent avant nous, une étape dans la trajectoire de l'accouchement vers la tombe, c'est cette couleur, vive, écarlate, qui justifie le point final et les écorchures à l'âme, cette variation du spectre de la lumière, cette injure à l'équilibre du blanc et du noir, qui vient se déposer, sur la rétine, pétale de rose sur le fumier, avant l'instant fatal.

     

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    project-mayhem

    Complets sont le mot, l'état et les sens. La peau se fait sable au doigt qui l'effleure, et elle est la terre, aux lèvres la fleur, aux yeux le soleil cerclé de fragrance. Aigri par le froid le coeur est avide, affamé de toi, sa fin est en toi. Comment maîtriser ces simples émois qui creusent mon rire en larmes arides ?

    Sais-tu que t'attendre est mal à mon être ? Entier, j'abandonne joie et tristesse, aimant à manier l'envie vengeresse , fantasme malin ou rêve un peu traître. Il faut que je dise, ô douce, le mot. Ce dont je languis, ce qui me torture, et qui m'illumine au gré de l'obscur. Et qui me découpe à l'art de la faux. Mais quel est ce mot, quel est ce vocable ? Ayant la faconde quand c'est d'amour qu'on parle ; j'ai fait du cœur tout le tour de tout ce qu'on dit charmant ou aimable. Alors pourquoi toi tu n'y aurais pas droit ? L'absence à mes yeux, perdus sans ton corps, trahit mon esprit, sans toi, il s'endort. Retournent ta chair et l'encre à mes doigts !

     

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    Project Mayhem

    Je t'attends toujours, froide et timide envers le monde, tu ne me reviens pas. Je suis désespérée de te revoir un jour, je doute un peu plus chaque nuit de ce que j'ai pu te plaire, et toi tu te contentes de n'être pas là.

    Je ne veux plus te revoir. Il n'y a plus pour toi que l'espoir de me croiser dans la rue, sans un mot, de la croisée des regards et de la fuite de mes yeux vers un autre horizon. Je ne pourrais plus te donner un sourire. Je ne pourrais plus pleurer sur ton épaule. Je ne pourrais plus me réjouir de te voir. 

    Je t'attends toujours, froide et timide envers le monde, que je retrouve entre mes bras dans d'autres étreintes. Un jour j'oublierai de t'attendre.

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    Project Mayhem

    Hello, darkness my old friend

    Resurgis, souvenir. La noirceur lucide baigne une peau claire et infinie. Jetant des ponts entre les horizons, je n'en peux plus de rêver la route. Le seul chemin qui me plaît encore sillonne entre tes méandres, et je suis lasse de vivre trop pour te voir peu. Il existe des esclavages plus amers, celui qui me lie à toi me libère et me rend plus proche des dieux. J'en arrive à te haïr d'être si complet quand je suis sous tes lèvres, je deviens aigreur et jalouse ta perfection, à laquelle il ne manquait que mon regard.

    Vois mes ombres et regarde-les s'évanouir quand je me lève pour te fuir, pour que tu m'empêches de partir. Tout est jeu, tu le sais et le soleil n'inonde que ceux qui abondent dans l'esprit du jeu, pour lequel les ténèbres ne sont qu'un terrain où le goût et la chair se substituent aux yeux.

    Aveugle, redessine-moi. Fais de moi ton art. Fais de moi ta muse. Fais de moi la limite entre le papier et le dessin. Et lorsqu'en toi je serai une entière création, fais-moi redescendre sur terre et laisse-moi y goûter ce que tu n'as pu inventer. J'ajouterai ces couleurs à ma peau, et tu pourras de nouveau la parcourir. Et nous inventerons la vie.

     

    Photos 1 et 2

    Auteur : Lucile Dizier

    Modèles : Caroline Madison, Julie Goossens

    Photo 3

    Auteur : Lauren Rozenberg

    Modèle : Lucile Dizier


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